La recherche d’un style de management idéal a longtemps occupé la littérature managériale, comme s’il existait une manière universellement supérieure de diriger. L’expérience de terrain dément pourtant cette quête, car un même manager peut obtenir d’excellents résultats avec un collaborateur et se montrer contre-productif avec un autre, sans rien changer à sa façon de faire. C’est de ce constat qu’est né le modèle du leadership situationnel, proposé par Hersey et Blanchard, dont l’idée directrice tient en une formule : le bon style n’est pas une qualité du manager, mais le fruit d’un ajustement à la situation et à la personne.
Quatre styles, aucun supérieur en soi
Le modèle distingue quatre grands styles de management, que l’on peut situer selon le dosage entre deux registres de comportement, l’un centré sur la tâche, l’autre sur la relation. Le style directif privilégie l’instruction précise et le contrôle, en laissant peu de place à l’échange ; le style persuasif, parfois nommé entraînement, conjugue des consignes structurantes et un fort soutien relationnel ; le style participatif allège la dimension directive pour miser sur la concertation et l’encouragement ; le style délégatif, enfin, confie largement l’initiative et le pilotage à la personne. Il importe de souligner qu’aucun de ces styles n’est en lui-même meilleur que les autres. Leur pertinence dépend entièrement du contexte, et c’est précisément là que se joue la compétence managériale, dans la capacité à passer de l’un à l’autre plutôt que dans la maîtrise d’un seul.
La maturité du collaborateur comme boussole
Pour choisir le style ajusté, Hersey et Blanchard introduisent la notion de maturité, ou degré d’autonomie, du collaborateur face à une tâche donnée. Cette maturité combine deux dimensions, la compétence et la motivation, qui n’évoluent pas toujours de concert. Une personne nouvellement arrivée peut être très motivée mais encore peu compétente sur une mission précise, ce qui appelle un accompagnement structurant ; une autre, expérimentée mais traversant un passage à vide, conjuguera compétence élevée et motivation fragile, configuration qui réclame davantage de soutien que de directives. Le modèle invite ainsi à un raisonnement contextuel et non global : on n’ajuste pas son style à une personne en général, mais à une personne face à une tâche particulière, à un moment donné. Le même collaborateur pourra requérir un management directif sur un dossier qu’il découvre et un management délégatif sur un domaine qu’il maîtrise depuis des années.
Une exigence de souplesse, et ses limites
L’apport pratique du modèle réside dans cette invitation à la flexibilité, qui rompt avec l’idée rassurante mais trompeuse d’un style personnel à cultiver une fois pour toutes. Ajuster son management suppose d’abord de diagnostiquer correctement le niveau d’autonomie réel, ce qui est loin d’être évident, car la tendance naturelle consiste à surestimer ou sous-estimer les collaborateurs selon nos propres préférences. Le risque d’un usage mécanique du modèle n’est d’ailleurs pas négligeable ; appliqué de façon rigide, il peut conduire à enfermer une personne dans un niveau de maturité supposé, alors même que l’enjeu du management est précisément de faire évoluer ce niveau. Le leadership situationnel n’est donc pleinement utile que s’il est compris comme un cadre de réflexion dynamique, soucieux de faire grandir l’autonomie, et non comme une grille figée de classement des collaborateurs.
Le regard de l’expert. Le style de management efficace n’est pas celui qui correspond à la personnalité du manager, mais celui qui répond au besoin du collaborateur sur une tâche donnée. La vraie compétence n’est pas d’avoir un style, mais d’en changer à bon escient, et de toujours viser l’accroissement de l’autonomie plutôt que sa confirmation.
Du diagnostic à la pratique
Comprendre ses propres préférences de management constitue souvent le premier pas vers cette souplesse, car on ne peut ajuster que ce dont on a pris conscience. Un manager attaché au contrôle gagnera à repérer les situations où ce réflexe dessert l’autonomie, de même qu’un manager spontanément délégatif aura intérêt à identifier les collaborateurs qui auraient besoin d’un cadre plus structurant. C’est à ce travail de lucidité sur ses tendances que peut servir un autodiagnostic des styles de management.
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Checklist pour le manager
- Diagnostiquer la maturité (compétence et motivation) par tâche, et non de façon globale.
- Adapter le dosage entre directivité et soutien relationnel à chaque situation.
- Accepter de changer de style avec une même personne selon les missions.
- Viser l’augmentation de l’autonomie, plutôt que de figer le collaborateur dans un niveau supposé.
- Repérer son style spontané pour identifier les situations où il dessert l’efficacité.
Sources et concepts cités
- Hersey, P. & Blanchard, K. (1969, 1977). Le modèle du leadership situationnel.
- Notion de maturité ou degré d’autonomie du collaborateur (compétence et motivation).

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