Proposez une même formation à un groupe, et vous observerez des réactions étonnamment contrastées. Certains veulent expérimenter tout de suite, d’autres préfèrent d’abord observer et prendre du recul, d’autres encore réclament un cadre théorique avant de se lancer, quand les derniers ne s’intéressent qu’à ce qui est applicable immédiatement. Ces différences ne tiennent ni au niveau ni à la motivation, mais à la manière dont chacun apprend. Peter Honey et Alan Mumford, prolongeant les travaux de David Kolb sur l’apprentissage expérientiel, ont proposé une typologie de quatre styles qui éclaire ces écarts et offre des leviers concrets pour mieux former et mieux apprendre.
Quatre façons d’apprendre
Honey et Mumford distinguent quatre styles, qui correspondent aux différentes étapes du cycle d’apprentissage décrit par Kolb. L’actif apprend en se jetant dans l’expérience, il aime essayer, se confronter au réel, et s’ennuie vite dans les phases d’analyse ou de consolidation. Le réflexif, à l’inverse, a besoin d’observer, de prendre du recul et de considérer une situation sous plusieurs angles avant de se prononcer ; il privilégie la prudence et la profondeur à la rapidité. Le théoricien cherche à comprendre la logique sous-jacente, à relier les faits à des principes et à construire un cadre cohérent, et il se méfie de ce qui paraît purement intuitif. Le pragmatique, enfin, ne s’intéresse aux idées que dans la mesure où elles peuvent être mises en pratique, et il aime tester sans tarder si une méthode fonctionne dans son contexte. Aucun de ces styles ne vaut mieux qu’un autre ; ils décrivent des préférences, c’est-à-dire des portes d’entrée privilégiées dans l’apprentissage, et non des aptitudes inégales.
Le cycle complet, au-delà de la préférence
Il importe ici de souligner un point que la simple description des styles tend à masquer. Dans la perspective de Kolb dont Honey et Mumford s’inspirent, l’apprentissage le plus solide suppose de parcourir l’ensemble du cycle, de l’expérience concrète à l’expérimentation active, en passant par l’observation réfléchie et la conceptualisation. Or chacun, en raison de son style dominant, a tendance à privilégier certaines étapes et à négliger les autres. L’actif risque de multiplier les expériences sans jamais en tirer d’enseignement durable, faute de s’arrêter pour réfléchir ; le théoricien peut accumuler les modèles sans jamais les confronter au terrain. Comprendre son style préférentiel n’a donc pas pour but de s’y conforter, mais au contraire d’identifier les phases que l’on a tendance à escamoter, afin d’apprendre de façon plus complète. C’est dans ce déplacement, du confort de la préférence vers l’exigence du cycle entier, que réside le véritable enjeu.
Former en tenant compte de la diversité
Pour quiconque conçoit ou anime des formations, cette grille a une portée immédiatement opérationnelle. Une action de formation qui ne solliciterait qu’un seul style laisserait nécessairement une partie du public sur le bord du chemin ; à l’inverse, un dispositif qui combine mises en situation, temps de réflexion, apports conceptuels et applications concrètes parle à chacun, tout en invitant chacun à sortir de sa zone de confort. La connaissance des styles aide ainsi à varier délibérément les modalités pédagogiques plutôt que de reproduire, souvent sans le vouloir, le style qui nous est propre. Il convient cependant de ne pas figer les apprenants dans une étiquette, car les styles ne sont pas des destins ; ils décrivent des préférences actuelles, susceptibles d’évoluer, et l’un des objectifs de toute formation ambitieuse consiste précisément à élargir le répertoire d’apprentissage de chacun.
Le regard de l’expert. Connaître son style d’apprentissage n’a d’intérêt que pour mieux fréquenter les étapes que l’on néglige. La préférence est une porte d’entrée, pas une limite ; apprendre vraiment, c’est accepter d’emprunter aussi les chemins qui nous sont moins naturels, du recul réflexif pour les uns à l’expérimentation pour les autres.
Repérer son style pour mieux progresser
Identifier son style d’apprentissage dominant offre un double bénéfice, individuel et collectif. À titre personnel, cette prise de conscience aide à comprendre pourquoi certaines formations nous conviennent mieux que d’autres et à compenser activement nos angles morts. Pour qui forme ou accompagne, elle constitue un guide précieux pour concevoir des dispositifs réellement inclusifs. Reste à situer ses propres préférences d’apprentissage.
Pour identifier votre style d’apprentissage selon le modèle de Honey et Mumford, le questionnaire est disponible sur la plateforme Manaboo. Découvrir le questionnaire des styles d’apprentissage sur Manaboo.
Checklist pour le formateur et le manager
- Varier les modalités pédagogiques pour solliciter les quatre styles (expérience, réflexion, théorie, application).
- Ne pas reproduire son propre style en croyant s’adresser à tous.
- Aider chacun à fréquenter les étapes du cycle qu’il a tendance à négliger.
- Considérer le style comme une préférence évolutive, jamais comme une étiquette définitive.
- Évaluer une formation à sa capacité à élargir le répertoire d’apprentissage, pas seulement à transmettre un contenu.
Sources et concepts cités
- Kolb, D. A. (1984). L’apprentissage expérientiel et son cycle en quatre étapes.
- Honey, P. & Mumford, A. (1986). Les quatre styles d’apprentissage (actif, réfléchi, théoricien, pragmatique).

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