Certaines vérités sur nous-mêmes résistent à l’interrogation directe mais se livrent volontiers au détour d’une image. L’arbre de vie repose sur cette intuition. En invitant chacun à se représenter sous la forme d’un arbre — avec ses racines, son tronc, ses branches, ses fruits —, l’outil ouvre un espace où l’on parle de son histoire, de ses appuis et de ses aspirations sans le poids de l’examen frontal. C’est une démarche douce, mais dont la portée peut être considérable, en particulier lorsqu’il s’agit de retrouver de la force après une épreuve.
Une métaphore qui fait travailler
L’arbre de vie a été développé par Ncazelo Ncube et David Denborough dans le cadre des pratiques narratives, d’abord auprès d’enfants ayant traversé des situations difficiles, puis bien au-delà. Chaque partie de l’arbre porte une signification : les racines évoquent d’où l’on vient, ses origines, ceux qui nous ont transmis quelque chose ; le sol représente le quotidien, les activités présentes ; le tronc, les compétences et les qualités ; les branches, les espoirs et les rêves ; les feuilles, les personnes qui comptent ; les fruits, ce que l’on a reçu et ce que l’on offre. En remplissant son arbre, la personne ne fait pas que décorer une image : elle reconstruit un récit d’elle-même où ses ressources, souvent oubliées, redeviennent visibles.
Pourquoi la métaphore protège et révèle
Le « pourquoi » de l’efficacité de l’arbre tient à la fonction de la métaphore. Parler de soi à la troisième personne, à travers un arbre, met à distance ce qui serait trop lourd à dire directement. Cette distance n’éloigne pas de la vérité ; au contraire, elle la rend approchable. Les pratiques narratives partent d’un principe fort : une personne n’est jamais réductible à ses problèmes, et il existe toujours, à côté du récit de la difficulté, une histoire alternative faite de ressources, de valeurs et de moments de force. L’arbre de vie est conçu pour faire émerger cette seconde histoire. Là où l’épreuve avait imposé un récit d’impuissance, l’arbre rappelle tout ce qui tient debout, tout ce qui nourrit, tout ce qui peut encore croître.
De l’émergence à la projection
L’arbre n’est pas seulement tourné vers le passé et le présent ; ses branches portent les espoirs. Une fois les ressources rendues visibles, la projection vers l’avenir s’appuie sur du solide : on ne rêve plus dans le vide, mais à partir de ce que l’on a identifié comme ses appuis. Cette articulation est essentielle. Se projeter sans avoir d’abord reconnu ses ressources expose au découragement ; se projeter en s’appuyant sur un arbre déjà nourri donne au projet des racines. C’est ce qui fait de cet outil un soutien précieux dans les moments de transition ou de reconstruction.
Le regard de l’expert. L’arbre de vie n’est pas un exercice décoratif, et le réduire à un dessin sympathique en manque le sens. Sa puissance vient d’un parti pris : déplacer le regard du problème vers les ressources. Le rôle de l’accompagnant n’est pas de combler les branches à la place de la personne, mais de poser les questions qui font venir ce qu’elle ne voyait plus en elle.
Un outil de ressourcement
L’arbre de vie s’inscrit dans la famille des outils qui redonnent du sens à un parcours, aux côtés de la ligne de vie et des ailes du désir. Il convient particulièrement aux situations où il faut d’abord reconstituer ses appuis avant d’envisager la suite, et appelle un cadre bienveillant et patient.
Pour faire émerger vos ressources et vous projeter à partir de la métaphore de l’arbre, l’outil est disponible sur la plateforme Manaboo. Découvrir l’arbre de vie sur Manaboo.
Checklist pour le manager
- Utiliser la métaphore pour mettre à distance ce qui serait trop lourd à dire en face.
- Rappeler qu’une personne ne se réduit jamais à ses difficultés : chercher l’histoire alternative.
- Faire émerger les ressources par des questions, sans les souffler à la place de la personne.
- Articuler explicitement les ressources reconnues (racines, tronc) et les espoirs (branches).
- Réserver l’outil à un cadre bienveillant, utile en transition ou en reconstruction.
Sources et concepts cités
- Ncube, N. & Denborough, D. : l’arbre de vie et les pratiques narratives.
- White, M. : le principe de l’histoire alternative aux récits de problème.

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