Demandez à quelqu’un quelles sont ses compétences : il vous citera souvent ses diplômes et ses postes. C’est confondre les preuves avec la chose. Une compétence n’est ni un titre ni une expérience, mais quelque chose de plus vivant et plus difficile à saisir : la capacité à agir avec efficacité dans une situation donnée. Dresser une carte de ses compétences, c’est apprendre à voir ce que l’on sait faire au-delà des étiquettes, et c’est souvent découvrir une richesse insoupçonnée.
Savoir, savoir-faire, savoir-être
Pour y voir clair, la tradition francophone du bilan distingue trois registres complémentaires. Les savoirs sont les connaissances théoriques : ce que l’on sait. Les savoir-faire sont les habiletés pratiques : ce que l’on sait faire, le geste maîtrisé. Les savoir-être renvoient aux attitudes et aux qualités relationnelles mobilisées en situation. Mais une compétence réelle n’est jamais l’un de ces registres isolé ; elle est leur combinaison au service d’une action réussie. Guy Le Boterf l’a formulé avec justesse : la compétence n’est pas une somme de ressources, mais la capacité à les mobiliser à bon escient face à une situation. C’est pourquoi on ne « possède » pas une compétence comme un objet ; on la démontre dans l’action.
Le trésor des compétences transversales
La plus grande valeur d’une cartographie tient souvent à ce qu’elle révèle de transversal. À côté des compétences techniques, propres à un métier, existent des compétences transférables — organiser, coordonner, transmettre, négocier, analyser — qui se déploient dans des contextes très variés. Ces compétences-là sont précieuses en cas de reconversion, car elles franchissent les frontières des secteurs. Or elles sont aussi les plus invisibles : acquises sur le tas, jamais certifiées, elles échappent au regard de celui qui les exerce. Le « pourquoi » de cet aveuglement est connu : ce qui est devenu automatique cesse d’être perçu comme une compétence. Cartographier, c’est précisément débusquer ces savoir-faire devenus si naturels qu’on a oublié les avoir appris.
Une carte pour décider
L’enjeu d’une cartographie n’est pas l’inventaire pour l’inventaire, mais l’éclairage d’une décision. Préparer un bilan, envisager une mobilité, viser une certification, formuler une candidature : chacune de ces démarches gagne à s’appuyer sur une vue d’ensemble nuancée de ses compétences, distinguant celles que l’on maîtrise, celles que l’on aimerait développer, celles que l’on ne souhaite plus mobiliser. Car une carte des compétences ne dit pas seulement ce que l’on sait faire ; elle aide aussi à choisir ce que l’on veut faire — distinction essentielle, qu’oublient ceux qui se laissent enfermer dans ce qu’ils savent déjà.
Le regard de l’expert. L’erreur classique du bilan est de réduire les compétences à ce qui figure sur un CV. Les plus déterminantes pour une reconversion sont souvent les transversales, jamais nommées parce que jamais certifiées. Le travail de l’accompagnant est d’aider la personne à reconnaître comme compétence ce qu’elle tient pour une évidence sans valeur — c’est là que se cachent ses meilleures cartes.
Un appui pour le projet
Cartographier ses compétences nourrit directement la réflexion sur l’orientation et le sens. Cette démarche se conjugue avec les outils qui mettent des mots sur les talents, comme les verbes d’action et qualités, et avec ceux qui interrogent les aspirations, comme l’ikigai ou le RIASEC.
Pour dresser une carte nuancée de vos compétences au service de votre projet, l’outil est disponible sur la plateforme Manaboo. Découvrir la cartographie des compétences sur Manaboo.
Checklist pour le manager
- Distinguer la compétence (capacité à agir en situation) du diplôme ou du poste.
- Croiser savoirs, savoir-faire et savoir-être plutôt que de les isoler.
- Traquer les compétences transversales, souvent invisibles car devenues automatiques.
- Distinguer ce que l’on sait faire de ce que l’on souhaite continuer à faire.
- Relier la carte à une décision concrète : bilan, mobilité, certification, candidature.
Sources et concepts cités
- Le Boterf, G. : la compétence comme mobilisation de ressources en situation.
- Distinction savoirs / savoir-faire / savoir-être et compétences transversales.

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