L’intelligence émotionnelle au travail, au-delà du QI

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Peu de notions ont connu un succès aussi rapide, et aussi galvaudé, que celle d’intelligence émotionnelle. Vantée comme la clé du leadership, parfois opposée au quotient intellectuel dans une rivalité un peu factice, elle a fini par désigner à peu près tout ce qui touche aux émotions dans la vie professionnelle. Cette popularité a un revers, car elle masque une réalité scientifique plus précise et plus nuancée. Revenir aux travaux fondateurs de Salovey et Mayer, qui ont introduit le concept avant que Goleman ne le popularise, permet de comprendre ce que recouvre réellement cette aptitude, et pourquoi elle compte dans le monde du travail.

Une aptitude, pas un supplément d’âme

Dans la définition rigoureuse qu’en ont donnée Salovey et Mayer, l’intelligence émotionnelle se présente comme un ensemble d’aptitudes articulées, et non comme une qualité diffuse ou un trait de gentillesse. Elle suppose d’abord la capacité à percevoir les émotions, les siennes comme celles d’autrui, à partir des expressions, du ton ou du comportement. Elle implique ensuite la capacité à utiliser les émotions pour faciliter la pensée, c’est-à-dire à mobiliser un état émotionnel approprié à la tâche en cours. Elle requiert également la compréhension des émotions, de leurs causes, de leurs nuances et de la façon dont elles évoluent ou se combinent. Elle culmine enfin dans la régulation émotionnelle, cette capacité à moduler ses propres états et à influencer ceux des autres de manière ajustée. Présentée ainsi, l’intelligence émotionnelle apparaît pour ce qu’elle est, une compétence cognitive appliquée au matériau émotionnel, et non un vague talent relationnel.

Pourquoi elle compte dans le travail

Le « pourquoi » de son importance professionnelle découle directement de cette définition. La plupart des situations de travail comportent une charge émotionnelle, qu’il s’agisse de gérer un conflit, d’annoncer une décision difficile, de maintenir sa concentration sous pression ou de soutenir un collègue en difficulté. Dans ces moments, percevoir finement ce qui se joue, comprendre l’émotion sans la subir et la réguler sans la nier fait souvent la différence entre une situation qui s’apaise et une situation qui dégénère. Il serait cependant excessif de présenter l’intelligence émotionnelle comme la qualité reine qui éclipserait toutes les autres, comme certains discours ont pu le suggérer. Elle constitue une ressource précieuse parmi d’autres, dont l’utilité dépend du contexte et qui ne saurait se substituer aux compétences techniques d’un métier. C’est dans son articulation avec ces dernières, et non dans une opposition stérile au quotient intellectuel, qu’elle déploie sa pertinence.

Une compétence qui se développe

Un point distingue l’intelligence émotionnelle de dispositions plus stables comme les traits de personnalité : elle s’apprend et se développe. Là où un trait évolue peu au fil de la vie, les composantes de l’intelligence émotionnelle, et singulièrement la régulation, peuvent se renforcer par l’expérience, la réflexion et l’entraînement. Cette plasticité ouvre des perspectives concrètes, car elle signifie qu’une personne qui se reconnaît des fragilités dans ce domaine n’y est pas condamnée. Apprendre à nommer plus finement ses émotions, à repérer leurs déclencheurs, à différer une réaction impulsive le temps de comprendre ce qui se joue, sont autant de progrès accessibles. Encore faut-il, pour s’engager dans ce travail, disposer d’un repère honnête sur ses points d’appui et ses marges de progression, ce qu’un questionnaire d’intelligence émotionnelle professionnelle peut utilement fournir, à condition de le considérer comme un point de départ et non comme une mesure définitive d’une supposée valeur personnelle.

Le regard de l’expert. L’intelligence émotionnelle n’est pas l’art d’être agréable, mais la capacité à traiter l’information émotionnelle avec discernement. Sa valeur ne vient pas de ce qu’elle remplacerait l’intelligence analytique, mais de ce qu’elle s’y ajoute ; et, contrairement aux traits de personnalité, elle se cultive.

Se situer pour progresser

Identifier ses points forts et ses zones de progrès en matière de perception, de compréhension et de régulation émotionnelle constitue le premier pas d’un développement réaliste. Cette connaissance de soi prolonge naturellement le travail sur l’estime de soi et sur les ressources mobilisables face au stress, que nous abordons par ailleurs. Reste à dresser un état des lieux personnel.

Pour évaluer vos aptitudes d’intelligence émotionnelle en contexte professionnel, le questionnaire QE-Pro est disponible sur la plateforme Manaboo. Découvrir le questionnaire d’intelligence émotionnelle sur Manaboo.

Checklist pour le manager

  • Considérer l’intelligence émotionnelle comme un ensemble d’aptitudes (percevoir, comprendre, utiliser, réguler), pas comme un trait de gentillesse.
  • L’articuler aux compétences techniques, sans l’y opposer ni la survaloriser.
  • Miser sur son caractère développable : nommer ses émotions, repérer les déclencheurs, différer la réaction.
  • Utiliser une mesure comme repère de progression, jamais comme jugement de valeur.
  • Soigner particulièrement la régulation dans les situations à forte charge émotionnelle (conflits, annonces difficiles).

Sources et concepts cités

  • Salovey, P. & Mayer, J. D. (1990). Le modèle d’aptitude de l’intelligence émotionnelle.
  • Goleman, D. (1995). La popularisation de l’intelligence émotionnelle.

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